Louis-Nicolas Davout (1770 – 1823),
Maréchal d’Empire, Duc d’Auerstaedt et Prince d’Eckmühl …
Repères biographiques
| Nom complet | Louis-Nicolas d’Avout (puis Davout) |
| Titre(s) | Duc d’Auerstaedt, Prince d’Eckmühl |
| Naissance | 10 mai 1770 (Annoux, Bourgogne) |
| Décès | 1er juin 1823 (Paris, phtisie) |
| Origine | Petite noblesse bourguignonne (famille d’épée) |
| Fonctions clés | Maréchal d’Empire, Ministre de la Guerre (Cent-Jours), Commandant du 3e Corps de la Grande Armée |
| Surnoms | Le Maréchal de Fer, le Robespierre de la Guerre |
| Fait d’armes majeur | Victoire d’Auerstaedt (1806) contre l’armée prussienne |
| Postérité | Seul maréchal invaincu en rase campagne, défenseur de Paris en 1815, inhumé au Père-Lachaise |
Chronologie & dates clés
| Année | Événement majeur |
|---|---|
| 1788 | Sort de l’École militaire de Paris et devient sous-lieutenant au régiment de Royal-Champagne. |
| 1798 | Participe à la Campagne d’Égypte sous les ordres de Desaix ; se distingue à la bataille des Pyramides. |
| 1800 | Nommé général de division ; il gagne la confiance absolue de Bonaparte. |
| 1804 | Élevé à la dignité de Maréchal d’Empire le 19 mai (le plus jeune de la promotion). |
| 1806 | Triomphe seul à Auerstaedt contre le gros de l’armée prussienne ; exploit militaire légendaire. |
| 1809 | Jouit d’un rôle décisif à Eckmühl et à Wagram ; créé Prince d’Eckmühl. |
| 1812 | Commande le puissant 1er Corps de la Grande Armée lors de la Campagne de Russie. |
| 1813 | Défend héroïquement la place de Hambourg, qu’il ne rend qu’après l’abdication de l’Empereur. |
| 1815 | Nommé Ministre de la Guerre pendant les Cent-Jours ; il organise l’armée avec une célérité incroyable. |
| 1815 | Après Waterloo, il refuse de capituler sans conditions et sauve l’honneur de l’armée devant Paris. |
| 1823 | Meurt à Paris le 1er juin ; il est l’un des rares maréchaux à n’avoir jamais été battu. |
Parcours & Faits d’Armes
- L’officier de carrière (1788-1791) : Issu de l’école militaire de Paris, il commence sous l’Ancien Régime. Noble de naissance mais républicain de cœur, il choisit de servir la Révolution avec une conviction qui ne faiblira jamais.
- Le baptême du feu en Égypte (1798-1800) : Sous les ordres de Desaix, il se révèle un chef de cavalerie exceptionnel. Sa capture de la flotte de Mourad Bey et sa conduite à Aboukir installent sa réputation de tacticien rigoureux auprès de Bonaparte.
- Le Maréchal de fer (1804) : À seulement 34 ans, il est le plus jeune de la première promotion des Maréchaux d’Empire. Napoléon lui confie le 3e Corps d’armée, qu’il transforme en l’unité la plus disciplinée et la plus redoutable de toute la Grande Armée.
- Le prodige d’Auerstaedt (14 octobre 1806) : Son chef-d’œuvre absolu. Tandis que Napoléon bat une fraction de l’armée prussienne à Iéna, Davout affronte seul le gros des forces ennemies (60 000 hommes contre 26 000). Il triomphe, brisant définitivement la puissance prussienne.
- Le choc d’Eckmühl (1809) : Sa manœuvre audacieuse permet de déborder l’archiduc Charles. Napoléon, d’ordinaire avare de compliments, dira : « Sans Davout, nous n’aurions pas eu de bataille. » Il reçoit le titre de Prince d’Eckmühl pour ce haut fait.
- L’administrateur de l’Empire (1810-1811) : Gouverneur général des villes hanséatiques, il gère Hambourg avec une honnêteté et une sévérité extrêmes. Il y lutte contre la contrebande et organise le Blocus continental avec une efficacité qui terrorise les fraudeurs.
- La Campagne de Russie (1812) : À la tête du 1er Corps (70 000 hommes), il est le pivot de l’invasion. Blessé à la Moskowa, il assure la retraite avec méthode, bien que ses relations avec Murat et Berthier s’enveniment sous la pression du désastre.
- Le siège de Hambourg (1813-1814) : Encerclé par les coalisés, il transforme la ville en forteresse imprenable. Il refuse de rendre la place malgré les assauts et les privations, n’acceptant de capituler qu’en mai 1814, sur ordre direct du nouveau gouvernement français.
- Le Ministre de la Guerre (1815) : Pendant les Cent-Jours, Napoléon le garde à Paris. En quelques semaines, Davout accomplit le miracle de remonter une armée complète, fournissant les hommes et le matériel nécessaires à la campagne de Belgique.
- Le défenseur de Paris (Juillet 1815) : Après Waterloo, il prend le commandement des débris de l’armée. Face aux Alliés, il refuse de poser les armes sans garanties pour ses soldats, sauvant ainsi des milliers de vies avant de se retirer dans ses terres de Savigny.
Documents & Iconographie
▪ Ce portrait rétrospectif, peint en 1834, saisit l’essence du futur « Maréchal de Fer » à l’aube de sa carrière. Loin des dorures de l’Empire, Davout y apparaît en uniforme bleu de la Garde Nationale, le regard déjà marqué par une détermination froide et une rigueur qui le distingueront de ses pairs. Cette œuvre souligne ses racines bourguignonnes et son adhésion précoce aux idéaux de la Révolution. Contrairement à d’autres officiers de l’époque, Davout ne cherche pas ici l’éclat ou la pose héroïque, mais incarne la figure du soldat-citoyen, instruit et discipliné, qui s’apprête à gravir tous les échelons par son seul mérite et son sens absolu du devoir.
▪ Cette composition dramatique, extraite de l’œuvre d’Adolphe Thiers, illustre parfaitement la froide détermination du « Maréchal de Fer ». Monté sur son cheval blanc, Davout domine la scène avec une sérénité qui contraste avec la violence de l’action. À ses pieds, le cadavre d’un soldat émerge des hautes herbes, rappelant le prix sanglant de la victoire. Derrière lui, un officier d’ordonnance le suit fidèlement, tandis qu’à sa droite, une ligne de fantassins français progresse avec cette discipline géométrique qui était la marque de fabrique du 3e Corps. Cette gravure ne cherche pas seulement à portraiturer l’homme, mais à mettre en scène son génie : celui d’un chef capable de maintenir l’ordre et la rigueur au milieu du chaos des combats.
Le saviez-vous ?
◆ Le Maréchal à lunettes : Chose extrêmement rare pour un chef de guerre du XIXe siècle, Davout était très myope. Il dirigeait ses manœuvres et observait l’ennemi à travers des lunettes, un détail qui renforçait son image de « professeur de guerre » froid et calculateur. À Auerstaedt, c’est avec ses binocles sur le nez qu’il analysa avec une précision mathématique les mouvements prussiens pour mieux les foudroyer.
◆ Une honnêteté qui terrorisait : Contrairement à de nombreux maréchaux qui profitèrent des conquêtes pour s’enrichir, Davout était d’une probité exemplaire. Alors qu’il administrait des territoires immenses comme le Duché de Varsovie ou Hambourg, il ne préleva jamais un centime pour lui-même. Napoléon disait de lui : « Davout est l’un des plus purs colonels de la France ». Cette intégrité, couplée à sa sévérité envers les pillards, lui valut autant d’admiration que de haines solides.
◆ Le « Robespierre de la Guerre » : Ce surnom lui fut donné pour sa discipline de fer. Davout exigeait de ses officiers une hygiène et une instruction parfaites. Il était capable de renvoyer un colonel pour une simple négligence dans l’équipement de ses hommes. Pour lui, la victoire ne reposait pas sur la chance, mais sur une préparation logistique et morale sans faille, faisant de son 3e Corps d’armée l’élite absolue de la Grande Armée.
Postérité & Hommages
Le repos du « Maréchal de Fer »
Contrairement à nombre de ses pairs, Louis-Nicolas Davout s’est éteint paisiblement dans son lit en 1823, emporté par la maladie mais entouré du respect universel, y compris de ses anciens ennemis qui saluaient en lui le seul chef jamais vaincu. Son corps repose au cimetière du Père-Lachaise (division 28). Sa sépulture, d’une sobriété qui lui ressemble, est un lieu de pèlerinage pour ceux qui admirent la rigueur et le sens du devoir. Une statue monumentale, œuvre de Jean-Baptiste Gabriel Réveil, fut érigée en son honneur à Auxerre en 1850, le montrant debout, calme et scrutant l’horizon, image même de la solidité bourguignonne au service de la France.
Aujourd’hui, son nom résonne encore :
◆ À Paris : Le Boulevard Davout (XXe arrondissement) prolonge la mémoire du Maréchal au sein de la célèbre ceinture des Maréchaux qui encercle la ville.
◆ Sous l’Arc de Triomphe : Son nom est gravé en lettres capitales sur le pilier Est (colonne 13), consacrant sa place parmi les plus illustres défenseurs de la patrie.
◆ À Savigny-sur-Orge : Son château, qu’il aimait tant, abrite aujourd’hui un lycée qui porte son nom, perpétuant ainsi son attachement à l’instruction et à la discipline des générations futures.
◆ Dans l’Histoire militaire : Auerstaedt reste étudié dans les écoles de guerre du monde entier comme le modèle absolu de la « bataille de rencontre » et de la résistance d’un corps d’armée face à une force numériquement supérieure.
La parole à l’Empereur :
« On peut dire de Davout qu’il est un des plus purs colonels de la France ; il a pour moi un attachement qu’il porte jusqu’à la passion. C’est un homme d’un grand mérite, d’une probité rare et d’une bravoure à toute épreuve. Il est le seul de mes maréchaux qui n’ait jamais perdu une bataille. »
(Napoléon à Sainte-Hélène, d’après les mémoires de ses compagnons d’exil)
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Sources & Références
# Archives de la Défense (Vincennes) : État des services et correspondances du 3e Corps de la Grande Armée (Fonds du Service Historique de la Défense).
# Correspondance de Davout : « Correspondance du maréchal Davout, prince d’Eckmühl (1801-1815) », publiée par Charles de Mazade (Édition Plon).
# Hambourg 1813-1814 : Rapports officiels et mémoires sur le siège de Hambourg et l’administration des villes hanséatiques.
# Iconographie : Wikimedia Commons (Fonds Karl Girardet, Alexis-Nicolas Pérignon et portraits officiels de la Galerie des Batailles de Versailles).
# Image d’en-tête : Portrait de Louis-Nicolas Davout, Maréchal de France, de Tito Marzocchi de Bellucci (1800-1871) d’après Pierre-Claude Gautherot (1769-1825). Source : Wikimedia Commons / Collections du Musée national du Château de Versailles.
# Musée de l’Armée (Invalides) : Dossier sur le bâton de Maréchal et les effets personnels du Prince d’Eckmühl.

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