AccueilHistoirePersonnalitésJean Lannes (1769-1809) – Maréchal d’Empire et Duc de Montebello

Jean Lannes (1769-1809) – Maréchal d’Empire et Duc de Montebello

par | 15 janvier 2026 | Histoire, Personnalités | 0 commentaires

Jean Lannes (1769 – 1809),

Duc de Montebello et Prince de Sievers …

Surnommé l’« Ajax français » ou le « Roland de l’armée » par ses pairs, Jean Lannes incarne mieux qu’aucun autre l’ascension fulgurante et l’héroïsme pur de l’épopée napoléonienne. Simple volontaire du Gers en 1792, ce fils de paysan gravit un à un tous les échelons de la gloire, de la boue des Pyrénées au prestigieux bâton de Maréchal d’Empire.

Mais au-delà du stratège de Montebello et du héros de Saragosse, Lannes fut avant tout le seul véritable ami de Napoléon. Sa franchise légendaire et son tutoiement fidèle envers l’Empereur témoignaient d’un lien que seule la mort pouvait briser. Sa fin tragique à Essling en 1809, après avoir été frappé par un boulet de canon, marqua le premier grand deuil de la Grande Armée et laissa Napoléon inconsolable, pleurant celui qu’il considérait comme son meilleur frère d’armes.

Repères biographiques

Nom complet Jean Lannes
Titre(s) Duc de Montebello, Prince de Sievers
Naissance 10 avril 1769 (Lectoure, Gers)
Décès 31 mai 1809 (Ebersdorf, Autriche)
Origine Fils de paysan, apprenti teinturier
Fonctions clés Maréchal d’Empire, Ambassadeur au Portugal, Général de la Garde Consulaire
Surnoms Le Roland de l’Armée, l’Ajax français
Postérité Premier Maréchal d’Empire mort au combat, inhumé au Panthéon

Chronologie et dates clés

Année Événement majeur
1792 S’engage comme volontaire dans le 2e bataillon du Gers.
1796 Se distingue à Arcole ; nommé Général de brigade.
1799 Campagne d’Égypte et soutien décisif au 18 Brumaire.
1800 Victoire de Montebello : il brise l’avant-garde autrichienne.
1804 Élevé à la dignité de Maréchal d’Empire le 19 mai.
1805 Héros d’Austerlitz où il commande l’aile gauche.
1808 Créé Duc de Montebello ; prend la direction du siège de Saragosse.
1809 Blessé à mort à Essling. Il s’éteint le 31 mai à Ebersdorf.
1810 Son corps est transféré solennellement au Panthéon.

Parcours et Faits d’Armes

  • Le volontaire de 1792 : Simple apprenti teinturier à Lectoure, il s’engage lors de la « Patrie en danger ». Élu sous-lieutenant par ses camarades du Gers, il révèle immédiatement un tempérament de chef et un mépris total du danger.
  • La rencontre avec Bonaparte (1796) : Durant la première campagne d’Italie, il se distingue à Lodi et surtout à Arcole. Blessé trois fois en protégeant Bonaparte sur le pont célèbre, il gagne l’amitié indéfectible du futur Empereur.
  • L’épopée d’Égypte (1798-1799) : Il participe à toutes les grandes actions, d’Alexandrie à Saint-Jean-d’Acre. Blessé à la tête lors du siège de cette dernière, il rentre en France avec Bonaparte pour préparer le coup d’État de Brumaire.
  • Le héros de Montebello (1800) : Lors de la seconde campagne d’Italie, il remporte seul une victoire éclatante contre les Autrichiens à Montebello. Ce fait d’armes restera son titre de gloire le plus cher et lui donnera plus tard son nom de Duc.
  • Le Bâton de Maréchal (1804) : Lors de la création de l’Empire, il fait partie de la première promotion des Maréchaux. Sa loyauté et ses talents de meneur d’hommes en font l’un des piliers de la Grande Armée naissante.
  • Austerlitz (1805) : Il commande l’aile gauche de l’armée sur le plateau de Pratzen. Sa résistance opiniâtre contre les colonnes russes permet à Napoléon de porter le coup décisif au centre de l’ennemi.
  • Le lion d’Iéna et de Friedland (1806-1807) : Indispensable à chaque grande bataille, il s’illustre par sa capacité à fixer l’ennemi. À Friedland, il tient tête avec ses seuls corps d’armée à l’ensemble de l’armée russe avant l’arrivée de l’Empereur.
  • Le siège d’enfer à Saragosse (1809) : Envoyé en Espagne, il doit mener une guerre urbaine atroce. Sa détermination permet la prise de la ville, mais ce conflit heurte sa conscience de soldat : il exprime alors ouvertement son dégoût pour cette guerre.
  • Le sacrifice d’Essling (mai 1809) : En pleine bataille, alors qu’il est assis, épuisé, un boulet de canon lui fracasse les genoux. C’est le début d’une agonie de plusieurs jours sous la tente de campagne, entouré de ses médecins et de l’Empereur.
  • L’entrée au Panthéon (1810) : Premier Maréchal à tomber au champ d’honneur, ses restes sont transférés solennellement au Panthéon un an après sa mort. Il demeure dans l’histoire comme le modèle du courage et de la fidélité.

Documents & Iconographie

Portrait de Jean Lannes en uniforme de sous-lieutenant au 2ème bataillon du Gers en 1792, par Paulin Guérin.
Jean Lannes, puis duc de Montebello, en uniforme de sous-Lieutenant au 2ème Bataillon du Gers en 1792.

▪ Cette œuvre de Paulin Guérin, bien que peinte postérieurement (vers 1835), capture avec une intensité saisissante l’essence du jeune volontaire de 1792. Le futur Maréchal est ici représenté à l’aube de son destin, vêtu de l’uniforme bleu à revers rouges des volontaires nationaux. Son regard fier et déterminé, tourné vers l’horizon, semble déjà pressentir les champs de bataille d’Italie et d’Égypte. Contrairement aux portraits officiels de l’Empire où il croulera sous les broderies d’or, cette image nous montre l’homme brut, le « Gascon » intrépide dont la seule fortune résidait alors dans son sabre et son courage. Le traitement du visage, aux traits marqués et à la chevelure au vent, souligne cette énergie nerveuse qui fera de lui l’un des meilleurs meneurs d’hommes de la Grande Armée.

Gravure de Raffet montrant Napoléon au chevet du Maréchal Lannes mourant après la bataille d'Essling en 1809.
Mort du maréchal Lannes (22 mai 1809)

▪ Cette gravure en noir et blanc de Denis-Auguste-Marie Raffet, éditée par Furne à Paris, est l’une des compositions les plus émouvantes de l’iconographie napoléonienne. Elle fige l’instant de la rupture : le moment où le Maréchal invincible redevient un homme agonisant. La mise en scène est d’une grande sobriété dramatique. Napoléon, assis au chevet de son ami sous la tente de campagne, abandonne sa posture impériale pour une attitude de profond recueillement, la main posée sur l’épaule de Lannes. Ce dernier, dans un ultime geste de fidélité, porte la main de l’Empereur à ses lèvres. À gauche, l’impuissance des officiers et, à droite, l’agitation discrète des médecins près de la petite table, accentuent la tension de la scène. Raffet parvient ici à humaniser la légende, montrant que même au sommet de l’Empire, le deuil et l’amitié ne connaissent pas de rang.

Le saviez-vous ?

Un courage à toute épreuve : On raconte que Lannes fut blessé pas moins de 22 fois au cours de sa carrière. Lors du siège de Ratisbonne en 1809, voyant ses soldats hésiter sous un feu meurtrier, il s’empara d’une échelle en s’écriant : « Je vais vous faire voir que j’ai été grenadier avant d’être maréchal, et que je le suis encore ! » Ses aides de camp durent le retenir de monter lui-même à l’assaut.

Le seul ami de l’Empereur : Lannes était l’un des très rares familiers à conserver le droit de tutoyer Napoléon, même après l’instauration de l’Empire. Ce privilège, signe d’une amitié fraternelle née sur les champs de bataille d’Italie, lui permettait une franchise absolue, allant parfois jusqu’à des colères mémorables face à l’Empereur.

Un mépris total pour l’argent : Nommé ambassadeur au Portugal, il scandalisa la cour de Lisbonne par son manque de protocole et sa droiture inflexible. Contrairement à d’autres maréchaux qui cherchaient à s’enrichir, Lannes restait avant tout un soldat. Napoléon disait de lui : « Chez Lannes, le courage l’emportait d’abord sur l’esprit ; mais l’esprit montait chaque jour pour mettre l’équilibre. »

Postérité & Hommages

Un repos éternel au Panthéon

Si le Maréchal Lannes s’éteint loin de sa terre natale, sa mémoire, elle, est devenue un pilier de l’identité nationale. Napoléon, resté inconsolable, ordonna que son corps soit ramené en France. Le 6 juillet 1810, un an après sa mort, Lannes fut transféré en grande pompe au Panthéon de Paris, où il repose toujours dans le caveau V.

Aujourd’hui, son nom résonne encore :

À Paris : Le boulevard Lannes (XVIe arrondissement) lui rend hommage, faisant partie de la fameuse ceinture des Boulevards des Maréchaux.

À Lectoure : Sa ville natale n’a jamais oublié son « enfant terrible » et lui a érigé une statue monumentale.

À l’armée : Sa figure reste le modèle de l’officier qui ne commande pas de l’arrière, mais « à la tête », inspirant des générations de Saint-Cyriens (une promotion de l’école porte d’ailleurs son nom).

« L’un des militaires les plus distingués qu’a eus la France ! Chez Lannes, le courage l’emportait d’abord sur l’esprit, mais l’esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre. Je l’avais pris pygmée, je l’ai perdu géant… Un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter. »
(Napoléon à Sainte-Hélène en 1816)

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Sources & Références

# Napoleon.org : Fiche biographique de la Fondation Napoléon (Jean Lannes, 1769-1809).
# Dictionnaire Napoléon : Sous la direction de Jean Tulard (Éditions Fayard).
# Archives Nationales : État des services et correspondance de la Grande Armée.
# Iconographie : Wikimedia Commons (Fonds Paulin Guérin et Raffet).
# Monuments : Site Napoléon-Monuments pour les détails sur sa sépulture au Panthéon.

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